langage écrit

Interview d’une graphothérapeute

 

Interview de Céline Davy, graphothérapeute

 

J’ai eu le plaisir d’interviewer Céline Davy, graphothérapeute en libéral. Voici ses réponses à mes questions :

 

  • Explique nous en quelques lignes la graphothérapie :

C’est une méthode dont le but est d’aider une personne à améliorer son écriture, dans le cas où celle-ci est trop illisible, trop altérée ou s’avère être trop fatigante pour elle. La graphothérapie peut s’adresser aux enfants, aux adolescents, mais aussi aux personnes adultes qui en ont besoin. 

La graphothérapie traite aussi de ce qu’on appelle la dysgraphie, un trouble persistant de l’écriture qui ne s’explique pas par une déficience neurologique ou encore intellectuelle.

 

  • Quel est le rapport avec le lien avec la graphologie ?

Bien que se rapprochant de la graphologie, la graphothérapie est toutefois à différencier de celle-ci. En effet, si la graphologie consiste à établir le profil psychologique d’une personne par son écriture, la graphothérapie est quant à elle dédiée à la rééducation de l’écriture.

 

  • Comment devient-on graphothérapeute  ? 

Il existe aujourd’hui, un certain nombre d’organismes proposant des formations à la graphothérapie, certaines demandant des prérequis en graphologie, d’autres non. 

Quel que soit l’organisme, la formation à la graphothérapie intervient dans le cadre de la formation professionnelle. Elle n’est pas proposée en formation initiale et est validée à ce titre par des certificats de formation ou diplômes d’enseignement supérieur privé. Elle n’est pas reconnue par un diplôme d’Etat.

 

  • Quelles sont les qualités pour exercer le métier de graphothérapeute ?  

Patience, sens de l’écoute, empathie, pédagogie, persévérance, avoir des notions de  psychologie, imagination, créativité (effectuer des recherches, développer de nouveaux outils de compréhension et d’aide des difficultés d’apprentissage) sont les qualités minimum requises.

 

  • Comment se passe un bilan ? Qu’analyses-tu ?

Le bilan consiste à contextualiser les difficultés éprouvées par le patient, pour déterminer précisément ses troubles graphiques voire de suspecter une dysgraphie (trouble persistant qui affecte l’écriture dans son tracé).

Tout d’abord, je recueille des informations sur mon interlocuteur (développement de la grossesse à aujourd’hui, suivi médical, scolarité….)

Puis j’observe l’écriture en différentes situations et tâches d’écriture (copie, dictée, écriture spontanée, épreuves chronométrées…,) la posture et la tenue de l’instrument, ainsi que les cahiers de classe.

Ensuite à l’aide de tests étalonnés et de mon observation clinique je dois définir si l’écriture à évaluer correspond au niveau attendu à l’égard de l’âge (et à la classe de l’enfant) et orienter vers un autre professionnel si je repère des domaines qui ne sont pas de ma compétence mais qui peuvent être à l’origine des difficultés (médecin spécialiste, orthophoniste, pédopsychiatre, psychologue, psychomotricien, orthoptiste, neuro-psychologue, ergothérapeute…).

La passation des tests dure de 1heure 30  à 2 heures.

 

  • Quel est le contenu d’une séance ? Comment se passe t-elle ?

D’une durée de 45 minutes chacune, les séances s’attachent à améliorer les facultés graphomotrices par des exercices de relaxation, de détente musculaire, de position, de tenue, de manipulation de l’outil scripteur et de jeux scripturaux. Un travail est effectué sur les formes calligraphiques, et différentes activités ayant pour objectif d’optimiser les sous-compétences nécessaires à l’écriture. La thérapie consiste alors en un travail pour acquérir la fluidité nécessaire de l’écriture. L’objectif des séances est d’obtenir une écriture fonctionnelle en améliorant la lisibilité, la vitesse, en réduisant la douleur et l’inconfort. Les séances vont donc être originales, variées, ludiques, stimulantes en fonction des intérêts particuliers.

Il n’existe cependant pas de séance type. Chaque cas appelle une rééducation personnalisée  pour développer ses habiletés graphomotrices. La durée de la rééducation varie d’un enfant à un autre, selon ses difficultés et son implication. La condition sine qua non reste la pleine adhésion du patient. Et pour cause : corriger l’écriture ne répond pas seulement à un but esthétique : l’amélioration de la motricité graphique a pour fonction majeure de redonner autonomie, plaisir et confiance. 

Hormis des pathologies spécifiques, les séances de rééducation permettent aux bénéficiaires d’aide d’obtenir une écriture fonctionnelle en 10-20 séances en moyenne.

 

  • Comment savoir si une rééducation en graphothérapie est nécessaire? De qui émane généralement la demande?

Les signes d’alerte sont divers:

Écriture illisible, lenteur, manque de soin, refus d’écrire, mauvaise tenue du stylo, douleurs, mauvais apprentissage, écriture non representative de la personnalité, geste non automatisé, fatigue cognitive.

En général, les parents, les enseignants trouvent que les enfants écrivent mal, que ce n’est pas lisible, que c’est « sale », que c’est trop lent et sollicitent alors de l’aide.

Il arrive également que la demande émane de l’orthophoniste ou de la psychologue qui suit l’enfant.

 

  • A partir de quel âge ?

Le graphothérapeute agit auprès d’enfants ayant déjà des rudiments d’écriture manuscrite et à ce titre ne démarre l’accompagnement dans l’apprentissage qu’à partir de la Grande Section de maternelle.

 

  • Peut-on rééduquer une écriture d’adulte ? 

Absolument, avec une rééducation basée sur les mêmes techniques. C’est l’approche qui va être différente. Il en est de même pour les adolescents. 

Cela peut participer à limiter la désorganisation de l’écriture de l’adulte (vieillesse, accidents de santé) ou l’aider à se réconcilier avec une écriture qui ne reflète, selon le demandeur, pas suffisamment sa personnalité créant ainsi une certaine souffrance psychologique.

Le graphothérapeute prend en charge la personne dans sa globalité geste, posture, qualité, vitesse, relation à l’écrit… 

 

  • D’où viennent généralement les soucis d’écriture ? 

Les raisons des difficultés d’écriture peuvent être dues à des difficultés scolaires, à des troubles cognitifs et/ou des troubles spécifiques des apprentissages, à des troubles psycho-affectifs ,  aux compétences intellectuelles générales (déficience ou précocité),à une carence d’enseignement .

 

  • Quels sont les autres professionnels avec lesquels tu travailles ? 

Je travaille avec des orthophonistes (repérage d’un trouble linguistique ou oral), avec des psychomotriciens (repérage de difficultés de lateralisation, de coordination…), avec des orthoptistes (repérages de troubles neuro-visuels), des psychologues (trouble psycho-affectif), des neuro-psychologues (bilan cognitif), des sophrologues , des praticiens en intégration des reflexes archaïques.

 

  • Comment expliquer l’ « explosion » des écritures malhabiles décrites par certains professeurs ?

Selon eux, beaucoup d’élèves tiennent mal leur stylo, n’inclinent pas leur feuille comme il faut. Ils ne suivent pas les lignes, mélangent le graphisme de certaines lettres.

L’enseignement systématique de la tenue du stylo a été abandonné en maternelle et en CP. Les photocopies prennent une place envahissante, une solution de facilité qui permet de décharger les élèves des tâches d’écriture afin de pouvoir plus rapidement finir la leçon. L’usage des tablettes et des manettes des consoles de jeu accentue le problème car cela ne muscle pas les doigts de façon uniforme. 

Seule certitude, malgré l’évolution des technologies, l’usage de l’écriture manuscrite n’est pas obsolète. Surtout, son implication dans l’apprentissage de la lecture est majeure. La reconnaissance des lettres passe autant par la mémoire du geste que par la mémoire visuelle.

 

  • L’écriture est-elle le reflet de la personnalité ? 

L’écriture est un miroir, un reflet de l’intérieur, c’est une partie de nous donc la juger par des adjectifs négatifs est très dévalorisant pour l’enfant ou l’adulte. Priver de récréation un enfant qui n’a pas terminé son travail ne lui permettra pas d’être plus attentif et rapide. Et donner des lignes d’écriture n’aidera pas l’enfant à aimer l’écrit. Si l’écriture est une punition … L’image que l’enfant ou l’adulte a de lui-même est souvent proche de l’image qu’il a de son écriture.

 

Si vous souhaitez avoir plus d’infos n’hésitez pas à consulter son site : https://www.graphotherapeute.ovh/

 

Un grand merci Céline pour toutes ces réponses ! 

Marie 

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